Paroles et Musique de Robert Grange
Copyright SACEM N° 1179664
MES AMIS SUPRÊMES
Il y a les intrus, il y a les connaissances,
Il y a les sangsues, les videurs de tonneaux ;
Les soi-disant amis, les copains en instance
Qui partent en vacances quand on a besoin d’eau
Ou enterrent un vivant étonnamment presto.
Si j’étais amputé de deux doigts d’une main,
Je pourrais bien encore compter mes vrais amis.
Authentiques et vivants, ils sont là dans mon sein,
Ils partagent le pain sans palabres ni merci,
Sans disposer de moi, sans altérer ma vie.
Pas de « tu me dois ci », pas de « tu m’as fait là »,
Pas d’intrusion malsaine dans mon intimité ;
Pas de « fais donc ceci » ou « pourquoi tu fais ça »,
Pas de mesquineries, pas de fausse bonté,
Pas de prêchi-prêcha qui ruinent ma santé.
Amour et liberté n’ont pas cours à la table,
Nobles notions abstraites, préjugés de bourgeois ;
Respect profond en somme du mendiant et du diable
Que tout principe cérébral laisse pantois.
Place d’abord au cœur, sur le reste on s’assoit.
Ici rien ne se prête, au contraire tout se donne
Sans attendre en retour quelques compensations.
Entre nous, quel affront de rendre ce qu’on nous donne,
C’est bien pire qu’une injure, c’est d’la diffamation
Et c’est bien pire encore, c’est de la séduction.
Quand l’un me tend la main, très réservé et preste
Si je suis assailli par tous mes créanciers,
Et que moi, fou d’orgueil, je refuse le geste,
C’est un chapelet d’injures que j’entends défiler
Qui remet derechef en place ma fierté.
Visant de temps à autre des idées divergentes,
Agressif de nature, je contre les remous,
Pour aboutir enfin à l’idée convergente,
Bravo pour les idées, mais jamais entre nous,
Dans le fond les idées n’ont pas besoin de nous.
S’ils devaient me trahir, alors je me les coupe,
Et Dieu sait si j’y tiens, c’est ma foi d’ici bas.
Déçu si je devais sans eux finir ma route,
Même amis infidèles, je ne les blâmerais pas,
Et qu’Eros leur pardonne si j’endure le castrat,
Et qu’Eros leur pardonne si j’endure le castrat.
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